Catégorie: Écriture

Écrivain
Profondément athée, Jean-François Beauchemin s'intéresse à l'âme humaine, qui, selon lui, meurt en même temps que le corps.
Profondément athée, Jean-François Beauchemin s’intéresse à l’âme humaine, qui, selon lui, meurt en même temps que le corps. Dans son œuvre, il revisite ses obsessions : l’enfance perdue, l’amour, la mort, la douleur, l’inexistence de Dieu, les animaux, la joie et la famille.
Jean-François Beauchemin naît en juillet 1960 à Drummondville. Il est le quatrième d’une famille de six enfants, composée de cinq garçons et d’une fille. Il vit une enfance tranquille.
Son père est aimant, chante dans des chorales, mais parle peu. En plus de son travail habituel de jour, le père est projectionniste. En revenant de ses sorties au cinéma, Jean-François dessine tout ce qu’il vient de voir. Plus tard, l’écriture prend la place du dessin. Ironiquement, c’est donc grâce à son père, homme de peu de mots, que la parole devient si importante pour lui. Sa mère, quant à elle, lui transmet sa capacité à contempler la nature et le ciel et à y voir toute la beauté.
D’aussi loin qu’il se souvienne, Jean-François a toujours été un mauvais élève, non pas parce qu’il est turbulent ou cancre, mais parce que l’école l’ennuie. Ce qui ne l’empêche pas de poursuivre des études universitaires. Il obtient une maîtrise en Études françaises à l’Université de Montréal.
Au lieu d’embrasser tout de suite une carrière d’écrivain, Jean-François travaille tour à tour comme rédacteur, concepteur et réalisateur à la Société Radio-Canada pendant douze ans.
En 1998, après avoir écrit plusieurs manuscrits qu’il garde pour lui, Jean-François publie son premier roman, Comme enfant je suis cuit. C’est le premier livre d’une trilogie qui met en scène Jérôme, un garçon de treize ans, fils de la « meilleure putain de Montréal », vivant dans un HLM. Le Garage Molinari (finaliste du Prix des libraires du Québec en 2000) et Les Choses terrestres (2001) nous donnent à voir un Jérôme qui vieillit, entouré de Joëlle, son amour de toujours, et de Jules, son demi-frère déficient.
En 2001, il publie son premier livre qui s’adresse aux adolescents, Mon père est une chaise. Puis, en 2002, paraît Le Petit Pont de la Louve, son quatrième roman pour adultes, qui présente Mathilde, six ans, une enfant vive et futée qui doit apprivoiser sa laideur.
En 2004, double sortie littéraire pour Jean-François. Le Jour des corneilles (finaliste du Prix des libraires du Québec et du Prix France-Québec) est l’histoire d’un fils qui survit à la cruauté de son père et le tue. Ce roman tragique remporte le prix France-Québec Jean-Hamelin en 2005 et permet à Beauchemin de faire sa marque. Turkana Boy, livre qu’il dédie à la mémoire de son père, n’obtient pas d’aussi bonnes critiques. Ce livre présente un père qui souhaite transcender la douleur causée par le décès de son fils plusieurs années auparavant en s’émerveillant de la beauté du monde.
Le 10 juillet 2004, à quarante-quatre ans, Jean-François Beauchemin frôle la mort. Il est atteint d’une affection rare de l’intestin. Il passe six jours dans le coma et cinq mois à l’hôpital. Si près de la mort, il ne rencontre pas Dieu, il ne voit ni lumière ni tunnel. Il en conclut que Dieu n’existe pas. Il survit à cette maladie grâce aux soins médicaux, mais d’abord et avant tout grâce à l’amour de ses quatre frères, de sa sœur, de sa blonde et de sa chienne. Pendant sa maladie, il n’écrit pas un mot. Puis, dès qu’il se sent mieux, il couche sur papier son expérience. Il rend hommage à chacun de ses proches qui lui ont donné la force de survivre. Il écrit ces pages pour lui-même, pour mettre des mots sur ce qu’il a vécu et ainsi s’approprier son expérience. Il ne compte pas les publier, car il trouve que ce récit est trop personnel et qu’il n’intéressera personne. Sa blonde et son éditeur le convainquent que, au contraire, c’est très universel. Il publie donc La Fabrication de l’aube en 2006. Ce livre connaît un succès jusque là jamais remporté et lui vaut le prestigieux Prix des libraires du Québec. Ce prix est pour lui la plus belle conclusion de cet épisode douloureux de sa vie. Néanmoins, son passage dans le monde des morts le transforme à tout jamais : il cesse d’être un enfant et devient un adulte. Ce qui modifie inévitablement sa façon d’écrire.
En 2007, il publie son premier ouvrage de poésie, Quand les pierres se mirent à rêver, une réflexion sur la solitude, non seulement vécue comme un état, mais aperçue comme un lieu intérieur à l’homme, tout entier délimité par le corps.
Toujours en 2007, il bénéficie d’une bourse du Conseil des arts et des lettres pour un séjour de six mois au studio du Québec, à New York. Il y passe parmi les plus beaux mois de sa vie. C’est dans cette ville qu’il met un point final à Ceci est mon corps, deuxième volet de la trilogie amorcée par La Fabrication de l’aube.
Dans le premier volet, il fait référence à Jésus qui a connu la mort et qui est revenu, comme lui. Ceci est mon corps donne la parole à Jésus, qui n’est pas mort sur la croix, qui ne croit plus en Dieu et qui, à quatre-vingt-quatre ans, veille son épouse mourante. Beauchemin a été heureux tout au long de l’écriture de ce livre, qu’il n’aurait pas pu écrire plus jeune. Au moment de sa publication, il ressent une satisfaction comme au moment de la sortie de son premier livre.
Le troisième volet de sa trilogie reste à paraître. Il croit qu’après cela, il lui sera difficile d’être écrivain, car l’essentiel aura été dit.
Son livre Le Jour des corneilles fait présentement l’objet d’une adaptation cinématographique par le réalisateur Serge Elissalde. La sortie du long métrage d’animation est prévue pour la fin 2010. Trente-cinq personnes travaillent à la conception de ce film, qui dispose d’un budget de neuf millions d’euros.

